ou l’humanisme artistique foisonnant Texte de Brigitte CAMUS
Elle dit qu’elle n’aime pas Balzac, pourtant les sculptures de Catherine Colin relèvent bien de la Comédie Humaine. Mais l’univers de cette artiste passionnée, prodigue et prolixe qui sculpte des cochons, des singes et des girafes, et les baobabs, s’il relève de la caricature humaine à travers les règnes animal et végétal, emprunte davantage à l’allégorie qu’à la férocité implacable de cet écrivain contempteur du genre humain
L’impression qui domine dans le grand atelier de cette artiste est celle d’une forêt de formes luxuriantes. Le mot foisonnant s’impose naturellement au regard : les girafes protéiformes, ceinturées d’accordéon, sont dotées de seins et de fesses : passerait-on de la luxuriance à la luxure ? Leurs têtes partent à la quête du ciel, comme pour un dialogue invisible avec le Petit Prince de Saint Exupéry qui aurait migré dans la savane. Son singe narquois, posé solitaire dans un coin, a des membres démesurés, ses cochons ont des postures incongrues et le grouin taquin….chez Catherine Colin, l’émotion est à fleur de peau, les larmes proches du rire…. Ses sculptures sont de véritables sismographes, non seulement de ses états d’âme mais de l’état de ses recherches sur des questionnements philosophiques : elle aime notamment se référer à l’allégorie de la caverne de Platon sur l’homme prisonnier de l’illusion de la vie. « Plus tu maîtrises, plus tu peux délirer » aime t-elle dire. C’est aussi la démarche de cette passionnée par l’homme et par les sciences naturelles qui aborde le champ artistique en entomologiste et en chercheur, dévorant les livres et les archives pour mieux s’immerger dans son sujet qu’elle épuise littéralement et littérairement : elle est incollable sur la girafe et l’arbre à palabres
Cette profusion se retrouve dans ses baobabs dont les branches en grillage avec des pigments bleus et autres couleurs, grouillent de toute une vie cachée : 980 feuilles en plâtre polyester à scruter pour y découvrir ce qui s’y cache ! Par opposition, le tronc en stuc pigmenté dans la masse, dépouillé, modelé sur une structure métallique très « primitive », prend toute sa force.
La dualité, thème au cœur de la démarche de Catherine Colin, jaillit ici avec la même force que la sève ; c’est la vie qui triomphe, et non le malheur. On s’éloigne du fatalisme social du XIXème siècle, on entre dans les problématiques du monde contemporain : racisme, intolérance, incommunicabilité. On se promène de la Ferme des animaux d’Orwell aux Fables de la Fontaine, aux contes, mythes et mythologies d’Afrique et aux moines du Tibet… (Curieusement, alors que les références à l’Afrique sont constantes, c’est en Asie que Catherine Colin a voyagé). Car son combat pour la recherche de la vérité, le refus de toute forme d’hypocrisie n’a pas de frontières.
Catherine Colin moraliste ? Certainement pas ou pourquoi pas. Elle assume le côté rabelaisien de ses créatures. On se prend à penser que ses sculptures auraient été en bonne place dans cette exposition « La degelée Rabelais » qui fut organisée en son temps par le FRAC (Fonds Régional d’Art Contemporain). Libérant l’homme enchaîné dans la caverne, elle invite le spectateur, au contraire, à toucher et caresser ses sculptures, à jouir de cette sensualité animale qui explose entre finesse et rudesse (la dualité toujours). Cette injonction de toucher ne vise pas seulement l’éveil des sens mais le réveil d’une forme de conscience qui aboutit à comprendre comment cette artiste matérialise ses pensées et ses mots dans les matériaux les plus divers : papier, grillage, feuilles d’or et surtout le mortier. S’approcher c’est aussi percevoir cette ambiguïté du masculin-féminin pas forcément visible d’emblée. Et distinguer ce qui est invisible lorsque l’on est trop éloigné : toujours l’allégorie du processus d’acquisition des connaissances.
La légende du baobab qui aurait été, lors de sa création, arraché puis replantée à l’envers, ne pouvait qu’attirer Catherine Colin pour qui les hommes marchent « la tête à l’envers ».
Alors Moraliste ? Non. Humaniste plutôt avec toute la force du terme qui englobe pour cette artiste diplômée des Beaux-Arts, l’acquisition des humanités, un goût prononcé pour la littérature, la philosophie, les mathématiques la transmission des connaissances, le refus de toute compromission, l’éveil au mystère du monde et de l’homme.
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